W Magazine – Juillet 2011

W Magazine – Juillet 2011

Christina Finds Her Voice

Par Lynn Hirschberg (traduction et arrangements : Christina News)

 

La Diva de la Pop revient sur ses disgrâces et sur comment elle suit son chemin pour être de retour au top. 

Quand Christina Aguilera avait six ans, elle échappait au chaos et au traumatisme de sa famille en pensant à Julie Andrews chantant The Sound Of Music (La Mélodie du Bonheur).
« Je la regardait tournoyer autour de ces montagnes, et elle était tellement libre », rappelle Aguilera, lorsque je l’ai rencontrée pour parler de son année de cauchemars en une des magazines people, de divorce, de paroles oubliées, sa chute à la télévision nationale, sa présence dans un mauvais lit , et (enfin) le triomphe. « Je me sentais comme dans une cage pendant mon enfance. Et je ne me sentais pas en sécurité : les mauvaises choses qui se sont passées dans ma maison… Il y avait de la violence. The Sound Of Music ressemblait à une forme de libération. Je voulais ouvrir la fenêtre de ma chambre et chanter comme Maria. A ma façon, j’étais dans ces collines. »
Elle est petite et, quand elle nous parle, elle est presque comme avalée dans ce grand canapé rembourré dans le salon de l’hôtel Mandarin Oriental, à Manhattan où elle séjournait. Christina Aguilera ressemblait plus à Oliver Von Trapp (personnage dans The Sound Of Music), elle était habillée comme un gamin dans un pull gris et un legging noir, et ses cheveux jaune vif étaient à peine visibles sous une casquette d’écolier sur le côté. Sa peau était pâle, elle ne portait pas son rouge à lèvres rouge, sa marque de fabrique, comme si elle faisait une concession à ne pas ressembler à une fille, mais avait ses talons hauts à plate-forme, prête à toucher le ciel.
« Parfois, poursuit Aguilera, en particulier dans les six derniers mois, j’ai toujours envie d’aller à la fenêtre et chanter tous mes soucis. Elle baisse les yeux, se mit à rire doucement, et secoue un peu la tête. Je ris beaucoup ces derniers temps. Les gens s’attendent à me voir pleurer, mais je ris toujours quand les choses vont mal ».

Pour Aguilera, qui a maintenant 30 ans, les choses ont commencé à détraquer sérieusement autour de juin 2010, lorsque son album Bionic est sorti. Même si elle a vendu plus de 30 millions de disques dans le monde, a remporté quatre Grammy Awards, et a été une star depuis l’âge de 12 ans, quand elle est apparue dans le Mickey Mouse Club (aux côtés de Justin Timberlake et sa meilleure amie de l’époque Britney Spears), le public n’a pas répondu présent pour Bionic et ses beats de hip-hop, ses rythmes dance, et une certaine absence de voix. Il n’y avait pas de morceaux convaincants tels des hymnes comme Beautiful, chanson phare d’Aguilera, une ballade d’émancipation de 2002 qui parle du côté fier mais blessé présent en chacun de nous tous. Au lieu de cela, Bionic s’aventurait en terrain inconnu : ce son assez technique et électrique n’utilise pas la plus grande force d’Aguilera, sa voix aux multiples octaves. Au lieu de cela, elle a voulu essayer, sans doute difficilement, d’innover plutôt que de rester dans le classique. « C’est une déviation artistique », a écrit Jon Pareles dans The New York Times pour parler de Bionic. Il a oublié de parler de la tentative de Christina à la réinvention, décrivant sa nouvelle incarnation comme « un album unidimensionnelle scandant des chansons énergiques faits pour les clubs ».

Bien que Christina Aguilera était vue autrefois comme la petite-fille-avec-la-grande-voix, pop-star de niche, avec Bionic, elle est volontairement entrée sur le terrain de Lady Gaga. Dans la presse, elle fait semblant de ne pas savoir ou n’y fait pas attention. « Oh, la nouvelle venue ? » a-t-elle déclarée lorsqu’elle a été interrogée sur Gaga. « Je me suis intéressé à elle il n’y a pas trop longtemps de cela. Je ne suis pas sûre de qui est cette personne, pour être honnête. Je ne sais pas si c’est un homme ou une femme. »
Malgré ses faibles prétentions pour la confusion sur le genre de Gaga et sa réticence charitable pour lui donner du crédit, le clip de Not Myself Tonight, premier single de Bionic, était étrangement similaire aux tableaux de Gaga dans sa vidéo Bad Romance. Copier-coller de SM. Les vieux fans d’Aguilera n’ont pas été intrigués par sa nouvelle identité mais ses nouveaux fans n’ont pas forcément adhéré. L’album sorti, sa tournée d’été dans plus de 20 villes ne se vend pas et a été annulée, à un coût de plusieurs millions de dollars. Il y avait des rumeurs selon lesquelles sa maison de disques voulait la lâcher. Les choses n’allaient pas bien.

En octobre 2010, le vrai déclin commence : Aguilera annonce qu’elle quitte son mari depuis cinq ans, le producteur de musique Jordan Bratman, avec qui elle a un fils de trois ans, Max. Le mariage avait semblé calmer Aguilera dans la presse, elle se vantait de sa vie sexuelle avec son mari, affirmant qu’ils se baladaient nus autour de leur maison de plus de 1000 m² à Beverly Hills.
« À un moment ou un autre, me dit Aguilera, faisant allusion à des affaires des deux côtés du couple, nous n’étions tous les deux pas des anges. Il est arrivé un point où notre vie à la maison me rappelait ma propre enfance. Je ne voulais pas voir mon fils grandir dans un foyer de rempli de tensions. Je savais qu’il y aurait une réaction négative dans la presse pour mon divorce, mais je ne vais pas vivre ma vie à cause de quelque chose que quelqu’un pourrait dire. Cela va contre tout ce que je chante dans mes albums. Je dois être moi-même ».

Bientôt, il fut clair que Aguilera était tombée amoureuse d’un autre homme, Matt Rutler, 25 ans, musicien/producteur assistant. Le couple s’est rencontré sur le tournage de Burlesque, premier film d’Aguilera, qui est sorti juste avant Thanksgiving dernier. Le film semble avoir été taillé sur mesure pour Christina : l’histoire d’une jeune fille talentueuse qui s’échappe de son passé violent dans une petite ville d’Amérique et cherche sa fortune à Los Angeles dans un club. Si vous changez ce personnage pour une petite fille, vous avez la carrière de Christina Aguilera : Elle a commencé à chanter dans ses premières années et a signé son premier contrat de disque à 13 ans. A 19, elle avait un album de platine et a déjà fait le tour du monde. « J’étais comme une fusée que l’on a lancé », ajoute-t-elle.

Pour tout le monde, Burlesque a été une période tumultueuse : Steve Antin, le directeur de son premier film, et Clint Culpepper, le chef de l’atelier, qui étaient ensemble depuis longtemps se sont affrontés et ont failli presque arrêter le film. Leurs combats étaient vifs, constants, et souvent physiques. Au cours d’une dispute, Culpepper aurait même jeté un verre de thé glacé sur la tête d’Antin.

« Il y avait beaucoup de mauvaise énergie dans ce film, se souvient Christina. Et il était très difficile d’être au centre de tout cela. Il y avait une attente sur ce film, et je portais tout ce poids. Je me disais,  »Hé, arrêtez de vous battre, c’est ma carrière. »

Burlesque, qui a coûté 55 millions de dollars, n’a pas été un antidote à Bionic : Le film n’a pas fait long feu au box-office. Bien qu’il soit rare pour une pop star d’avoir du succès dans des comédies musicales (pour une Diana Ross dans Lady Sings the Blues il y a toujours une Mariah Carey dans Glitter), Burlesque a été une grande déception pour Aguilera.
« J’étais triste, mais je suis heureuse d’avoir fait ce film, dit-elle. Pendant la production, je me suis redécouverte. En tant que pop-star entre guillemets, vous avez votre entourage avec vous tout le temps. Lorsque vous entrez et quittez un lieu, en coulisses, même à la maison, vous avez toujours votre équipe. Sur le tournage du film, je n’avais personne autour de moi. Je me sentais bien. Quand j’ai rencontré mon mari, j’avais besoin de cette main qui m’aide à prendre les rênes et s’occupe de moi. Après le film, j’ai grandi et je suis sortie de cette petite fille :  je suis devenu plus adulte « .

Et pourtant, quand j’ai demandé ce qui l’avait attiré chez Matthew Rutler, elle a avoué, « je pouvais compter sur lui pour tout. Matt a travaillé sur le film, et il était si gentil. Et il l’est toujours. Nous avons vécu beaucoup de choses dans cette dernière année ». Rutler, qui quitte rarement Christina, est beau, enfantin, poli, mais il a aussi eu quelque chose d’infréquentable l’année dernière, quand il était présent pour les grands événements, les choses semblaient aller très mal.
En février, le couple assiste au Super Bowl à Dallas où Aguilera devait chanter l’Hymne National avant le match. Comme une sensation de petite fille, elle avait chanté des dizaines de fois l’Hymne National pour ses équipes locales de Pittsburgh : les Penguins (hockey), les Pirates (baseball), et les Steelers (football).
« Tout sur le terrain lors du Super Bowl était lumineux, et j’ai eu un moment ou je me suis perdu dans l’émotion, d’être là et j’ai foiré les paroles de la chanson. »
Au lieu de chanter « O’er the ramparts we watch’d were so gallantly streaming », elle a répété « What so proudly we watched at the twilight’s last reaming. »
Ce passage improvisé a fait la Une instantanément. « Je savais que la presse allait s’emparer de ça », dit-elle.
« Je suis allé dîner après le Super Bowl avec Matt et j’ai ri sur la façon dont je me suis transformé en une question de Trivial Pursuit : En 2011, quelle chanteuse a bousillé les paroles de l’Hymne National ? ».

Tout ça a été aggravé par un étrange incident qui s’est produit quelques semaines plus tôt, quand Rutler et Aguilera ont assisté à une fête d’anniversaire dans la maison de l’acteur Jeremy Renner. « Matt était celui qui était invité, je suis venue en tant que sa petite amie, a rappelé Aguilera. C’était une fête assez ouverte, et tout le monde était présent dans toute la maison. A un moment je me suis assis sur le bord d’un lit. C’était une chambre d’amis. Mais il suffit d’une personne pour commencer la négativité, et ensuite tout le monde veut s’y mettre continuer l’histoire. »

L’histoire, selon Renner, était que Christina a grimpé dans son lit. Il insinue qu’elle était ivre ou quelque chose comme ça.
Cette question sur sa sobriété et l’influence négative de Rutler a atteint son paroxysme quand, en Février, Aguilera trébuche et manque de tomber au sol lors d’un hommage à Aretha Franklin aux Grammy. Il y avait trop d’événements inexplicables et surprenants : Les gens pensaient qu’elle était ivre ou en train de s’effondrer et avait désespérément besoin d’une intervention.
« Je sais ce que tout le monde disait, » m’a dit Aguilera. Et pendant ce moment aux Grammy, quand je me suis presque effondrée, je pensais  »C’est pas vrai ?! J’ai toujours été très bonne avec mes talons. Même enceinte, je pouvais performer avec des talons. Note à moi-même : Ne jamais porter une traine sur scène. Mon talon a été pris dans ma traine, et s’il n’y avait pas eu Jennifer Hudson, qui est venue me rattraper quand j’ai trébuché, je serais tombée par terre. »
« Quand c’est arrivé, poursuit-elle, je me disais,  »Quoi d’autre, mon Dieu ?! Quoi d’autre ?! J’ai mis mes mains en l’air et j’ai commencé à sourire, car quoi d’autre pourrait aller mal ? »

Eh bien… moins d’un mois plus tard, malgré les accusations de la presse de mauvais comportements dans les coulisses des Grammy et une certaine spéculation compréhensible qu’elle se laissait vraiment aller, Aguilera et Rutler sortent dîner au Osteria Mozza à West Hollywood, l’un de ses restaurants préférés.
Ils fêtaient la fin de son accord pour The Voice, un type de American Idol qui met en avant toutes sortes de chanteurs l’un contre l’autre. The Voice, qui est basé sur une émission néerlandaise, a une spécificité unique: Les juges – Aguilera, Adam Levine du groupe Maroon 5, la star de country Blake Shelton, et Cee Lo Green, un chanteur R&B – sont assis dans des fauteuils énormes et tournent le dos à l’interprète. En ne voyant rien, ils ne peuvent pas être influencés par les apparences ou comment ils se déplacent. Les décisions des juges ne sont fondés que sur la façon dont les compétiteurs chantent. Si les juges aiment ce qu’ils entendent, ils appuient sur un bouton et leur chaise se tourne vers la scène. Chaque professionnel prend alors huit chanteurs, dont il ou elle sera le mentor. La saison progressant, les chanteurs choisis doivent rivaliser entre eux dans une sorte de bataille de chansons, et le vainqueur sera couronné The Voice.

« Je n’ai jamais regardé un épisode entier d’American Idol, déclare Christina, pour expliquer sa résistance à The Voice au départ. C’est assez méchant. Pourquoi quelqu’un voudrait aller sur scène pour être éliminé ? Je ne veux pas être dur avec mes chanteurs, mais je veux leur dire que s’ils veulent vraiment être dans The Voice, ils seront éliminés s’ils ne font pas de leur mieux. Vous devez être prêt à donner des coups de poing. Vous devez vraiment en vouloir. »
Déjà ambitieuse à 9 ans, Christina Aguilera a concouru dans Star Search, chantant Sunday Kind Of Love. Elle a perdu en demi-finale. « Connaissons la personne contre qui j’ai perdu ?, plaisante-elle. À cet âge, j’ai toujours chanté des chansons destinées à des personnes plus mûres. Elles correspondent à ma personnalité, j’exprimais de la douleur quand je chantais. S’il y avait eu un show comme The Voice, j’y serais allé. Ça aurait été étonnant d’être coachée par un mentor. »

Instinctivement, Aguilera doit avoir réalisé que cette émission serait bon pour sa carrière bancale. Ce fut un choix intelligent : The Voice rappelle ce qu’elle fait de mieux, c’est à dire chanter. Les juges performent mais sont également reconnus comme calmes, sains d’esprit, passionnés et expérimentés. Un peu ce qui manquait au profil d’Aguilera depuis quelques mois.

Excité pour The Voice, elle et Matthew Rutler étaient optimistes. Sur le chemin du retour d’un dîner festif le 1er mars, Rutler, qui avait une « conduite erratique » à 02h45 du matin, fut arrêté. Prétendument, il était ivre, mais il a été révélé plus tard que son taux d’alcoolémie était de 0,06, bien en dessous de la limite légale en Californie qui est de 0,8. Néanmoins, la police a arrêté Rutler et Aguilera, déclarant qu’ils étaient « extrêmement alcoolisés ». Tous deux ont du laisser leurs empreintes digitales, ont été photographiés et mis en prison pendant la nuit. Aussi horrible que cet incident fut, tout s’est finalement bien terminé : l’affaire contre Rutler a ensuite été abandonnée pour insuffisance de preuves.
« Ça n’aurait jamais du arriver, m’a dit Aguilera. La police connaissait mes histoires récentes et a voulu me plonger dans le gouffre. Je ne veux pas passer pour une martyre, mais je pense que j’ai été victime de la célébrité. Je ne conduis pas, je ne conduisais pas, et je n’ai commis aucun crime, mais ils m’ont mis en prison. Ils m’ont appelé une « affaire politique brûlante ». Ils disaient:  »Qu’allons-nous faire avec cette femme ? » Je pense qu’ils s’ennuyaient cette nuit-là. »

Huit semaines après son arrestation illégale, la première de The Voice a commencé très fort, avec 11,8 millions de téléspectateurs. Le public a augmenté pour la deuxième semaine de l’émission, ce qui en a fait le premier programme de la soirée parmi les adultes de 18 à 49 ans, segment le plus convoité de la télévision. Le succès de The Voice a apaisé beaucoup de critiques concernant Christina Aguilera et a donné à son année de malheur une fin heureuse. Et pourtant, les mésaventures publiques d’Aguilera et ses comportements extrêmes ont été bons pour sa carrière.

L’Amérique aime ses icônes, en particulier ceux qui, comme Aguilera, ont grandi avec le grand public et ont été pendant des années à la fois sages mais dans les tabloïds. C’est une extension du complexe  »Madonna-sexuelle » qui a été réécrit pour la culture de la célébrité : les pop-stars doivent être des phénomènes de pureté qui n’ont pas d’imperfections, mais ils doivent aussi être provocateurs, volages et excentriques pour rester intéressants pour le public et les médias. Sans obstacles sur sa route qui se caractérise par une sorte de drame personnel, une pop star est très vite oubliée.
C’est pourquoi, par exemple, les frères Jonas très propres sur eux ont été suivis par Justin Bieber, encore plus insouciant. Et si Bieber est arrêté bientôt, il sera remplacé par Greyson Chance, un jeune qui monte.

De Sinatra à Elvis, de Madonna à Aguilera, la célébrité est un équilibre entre lumière et obscurité. Contrairement à des acteurs et actrices qui sont définis par les rôles qu’ils jouent (souvent écrits pour eux), les pop-stars doivent se réinventer. Ils peuvent avoir l’aide de managers, producteurs, publicitaires, et de stylistes dans le façonnement de cette identité, mais la relation entre une chanteuse et son public (Gaga et ses ‘little monsters’) est plus direct que pour un acteur. Pour quelqu’un comme Aguilera, le talent est important, mais une compréhension instinctive de la fascination américaine de la personnalité, avec l’échec et la rédemption, est cruciale pour une longue carrière.
Tomber sur la scène des Grammy est sans doute la meilleure chose qui puisse arriver à Aguilera. « J’admire vraiment tous les Grands, a déclaré Aguilera. Ils ont eu des hauts et des bas au cours de leur carrière. Et je n’irais jamais de l’avant sans me battre. J’ai toujours mes yeux rivés sur un but : je veux être cette vieille dame sur scène qui secoue ses hanches et qui chante ses plus grands succès ».