Bionic : un album au destin chamboulé pour Christina Aguilera

Celles et ceux qui connaissent bien Christina Aguilera sont conscients de ses envies à vouloir tout expérimenter, que ce soit en matière de style musical, de visuel ou de look. Bionic ne déroge pas à la règle.

Dévoilé en juin 2010, il n’a strictement rien à voir avec Back to Basics, sorti quatre ans plus tôt. Christina Aguilera nous avait plongés dans des sonorités soul et jazz, confirmant sa maîtrise parfaite du sujet. Pourtant, elle prend un virage radical avec Bionic en proposant des sons électroniques.
Et comme expliqué dans un précédent article, Christina Aguilera démontre une première approche en la matière en 2008, avec son best-of Keeps Gettin’ Better.

 

Pendant la phase de préparation de Bionic, des noms d’artistes circulent parmi les collaborateurs de l’album. On retrouve des maîtres de la musique électronique : Le groupe britannique LadytronGoldfrappPeaches ou encore des membres de Le Tigre. En globalité, ce seront des artistes très éclectiques auxquels Christina Aguilera fera appel, certains n’étant à l’époque même pas des stars internationales ou connus de la jeune génération actuelle : Linda Perry (habituelle collaboratrice), SiaSantigoldMia, Nicki Minaj (pour le duo Woohoo), le producteur Tricky Stewart, Claude Kelly… La plupart sont des musiciens choisis par Christina Aguilera, qui confesse admirer leur travail.  Daniel Hunt et Reuben Wu de Ladytron seront même impressionnés par les connaissances de l’artiste envers leurs chansons.

 

Comme pour son précédent disque, Christina Aguilera a une vision bien précise de la couleur musicale qu’elle souhaite apporter à Bionic. Et pourtant, l’album est loin de ce qui était attendu ! Il faut dire que pendant que Christina Aguilera prend son temps pour le préparer (elle tournera aussi le film Burlesque), une nouvelle ère musicale pointe le bout de son nez en radio : celle de la pop-electro mainstream !

En conséquence, Christina Aguilera revoit la copie de l’album Bionic (où plutôt sa maison de disque?). Polow da Don est suggéré par RCA (il produira en tout trois titres). Christina Aguilera enregistre Not myself tonight, qui sera le 1er single… A la place de GlamUn titre pourtant annoncé par la chanteuse dans une interview pour le magazine Marie Claire. Deux chansons sur trois enregistrées avec Ladytron passeront à la trappe : Little Dreamer, qui ne sera accessible que par téléchargement via l’iTunes Store d’Apple (édition deluxe de Bionic) et Kimono girl qui ne figurera tout simplement pas sur l’album ! Même la collaboration avec Goldfrapp ne verra jamais le jour…
Résultat : on est partagé entre des pépites musicales et des titres simplistes à la production trop commerciale.

Bionic démarre sur une introduction très futuriste, définissant le thème du disque : la femme robot/l’être humain robot. Christina Aguilera joue avec sa voix, une des forces de l’album, puisque la chanteuse explore différentes facettes de ses cordes vocales sur ce disque. Et bien que l’univers musical soit l’électro, l’artiste aime filtrer avec d’autres genres : le hip-hop (Glammorning dessertSex for breakfeastPrima Donna…), la pop-rock (l’ensemble des ballades du disque, incluant celle avec Linda Perry Lift me up), le rock (My girls en duo avec Peaches).

Christina Aguilera interprétant Lift me up en version piano-voix lors du concert caritatif Hope for Haiti.

Selon moi, les morceaux les plus marquants sont sans conteste ceux qui ont la plus juste représentation de la musique électronique :
L’intro Bionic
Elastic Love (en collaboration avec Mia)
My girls (En collaboration avec le Tigre et Peaches)
Monday morning [sur l’edition deluxe] (mon titre favori, en collaboration avec Santigold)
Birds of prey [sur l’edition deluxe] (très beau morceau sombre, en collaboration avec Ladytron)
Little Dreamer (Uniquement disponible via Itunes, en collaboration avec Ladytron)

Bien entendu, un album de Christina Aguilera ne pourrait pas être complet sans des ballades ! Lift me upI amYou lost me… Des morceaux poignants où l’artiste peut une fois de plus montrer tous ses talents d’interprète. On retient aussi certaines productions de Tricky Stewart (GlamSex for Breakfeast). Mais Bionic est malheureusement un album fourre-tout qui manque de cohérence musicale. Et les titres commerciaux (Not Myself tonightVanity) qui s’y ajoutent viennent littéralement contre-carrer l’atmosphère électronique probablement attendue par Christina Aguilera pour ce disque.
Les visuels de l’album (photos d’Alix Malka) manquent aussi de clarté vis-à-vis de la thématique « bionique ». La pochette de l’album, dont le dessin très original est réalisé par D*Face, est l’une des rare images du livret qui traduit clairement l’idée de la femme robot. Cette critique reste cependant un avis personnel.

Parmi les sujets abordés dans Bionic, on retrouve le féminisme. Sur le plan personnel, la berceuse All I need est écrite pour son fils.

Commercialement, le disque n’aura pas eu le succès escompté, d’une part à cause de nombreuses critiques des médias people/réseaux sociaux à la suite du clip Not myself tonight mais surtout car Christina Aguilera fera peu de promotion (et même aucune tournée), dans le but de privilégier sa vie privée (elle divorcera de Jordan Bratman) plutôt que sa carrière. Bionic aurait pu devenir dès sa création un album-concept phare, au même titre que Back to basics ou Stripped, mais le destin en aura voulu autrement.

©Backtochristina